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📢 [Autisme] - Le témoignage de Sandrine : elle apprend qu'elle est autiste à 40 ans

Dernière mise à jour : 20 déc. 2021



 

Sa présentation et son parcours

J’ai été une petite fille sans histoire, pas très bonne à l’école surtout en maths (dyscalculie). J’ai des difficultés à mettre les mots ou les phrases dans l’ordre. J’ai donc besoin de beaucoup de concentration pour m’exprimer à l’oral. Je pensais que tout le monde était pareil. J’avais toujours une ou deux copines pas plus… cela me suffisait à créer mon monde, mon cocon. J’ai eu la chance d’être bien entourée par ma famille, j’ai eu une enfance heureuse.


Au collège, un peu plus compliqué, j’ai connu le harcèlement l’année qui a suivi mon redoublement. Je n’étais pas du tout intégrée dans cette nouvelle classe de 4ème. J’ai subi pour la première fois le rejet, les moqueries, et le racket.


Puis au Lycée pareil, j’étais le bouc émissaire d’un jeune. J’ai été défendu par un gars qui s’appelle Afid. C’est drôle, je me souviens du prénom de mon sauveur, mais pas celui de mon bourreau.


Bien des années plus tard, je suis rentrée dans le monde du travail et son univers impitoyable. En quittant l’école assez vite, je pensais que la vie serait plus tranquille, que j’allais rencontrer des adultes professionnels et bienveillants… quelle erreur ! Malheureusement j'y ai fait de mauvaises rencontres. Même si je ne suis pas parfaite, que j’ai mon caractère, je ne pense pas avoir mérité autant de férocité. La gentillesse à notre époque est devenuefaiblesse.


Je suis extrêmement fatiguée de tout ça. Je donne tout aux entreprises qui m’emploient. J’ai fini par quitter certaines sociétés par épuisement, ou alors elles mettaient un terme parce que « c’est mieux pour toi ! ». Oui parce que beaucoup de gens savent à ma place... Sans leur demander, j’étais conseillée, reprise, j’avais des leçons de vie, des dictées aussi (le pompon sur la Garonne). Pour eux rien à dire sur la qualité de mon travail, mais il fallait que je rentre dans le moule de radio moquette. Ce que je n’aime pas en entreprise c’est qu’on y passe beaucoup plus de temps et d’énergie dans les cancans justement que dans le travail lui-même. Je fais partie de ceux qui ne se lèvent presque jamais de leur poste. J’étais dans une concentration extrême. J’ai fini par être à l’écart des groupes et des discussions.


Je suis plutôt quelqu’un de très positif, mais l’environnement devenait compliqué. De la même façon, je pensais que tout le monde avait les mêmes difficultés que moi. Alors pourquoi je ressentais les événements aussi intensément ? Pourquoi l’histoire se répétait-elle ? Je veux juste travailler point !


J’ai fait un burnout et une dépression qui m’ont conduit à consulter un nouveau spécialiste. Après des années de tumultes, j’entends parler pour la première fois du TSA, c’était en juin 2020. Le délai était très long pour un diagnostic, j’ai pris rendez-vous dans un cabinet de psychologues libérales spécialisées dans l’Autisme et autres troubles. En octobre 2020, bim ! Je découvre que je suis autiste de haut niveau type asperger. Je suis soulagée, je comprends mieux l’histoire de ma vie et mon mode de fonctionnement. Fin 2020 mon diagnostic fut validé par un médecin psychiatre. Sans minorer les difficultés, je sais maintenant que mes qualités sont une force !

 

L'autisme au quotidien

Je ne me sens pas handicapée, j’ai un mode de fonctionnement très différent de la majorité et je n’arrive pas à m’intégrer dans la vie sociale. Oui, j’ai quelques amis, mais en dehors de ce cercle je suis perdue. Pourtant, je ne suis pas timide. Je n’ai l’air de rien, je fais semblant, mais je n’arrive pas à déclencher une conversation. Et je peine à suivre lorsque le sujet ne m’intéresse pas ou que c’est juste du blabla pour combler le vide. Je peux faire un malaise si vraiment c’est long. Les aurevoirs sur le palier de la porte doivent se faire très vite. C’est très éprouvant comme une préparation de marathon. Je sais bien faire la fille à l’aise dans ces baskets, mais c’est du théâtre, le fameux masque social.


C’est trop injuste (Caliméro) ! Aujourd’hui, je me dis comment je vais faire. Je ne sais pas où je vais, mais je fonce ! J’ai peur, car la plupart des employeurs refusent l’aménagement dont j’ai besoin, c’est-à-dire un bureau au calme et des consignes claires et précises (c’est demander la lune ça ?). Aussi j’ai beaucoup de compétences et d’expériences, mais les salaires qu’on propose aux travailleurs handicapés sont une honte ! La France est extrêmement en retard sur ce point en comparaison des pays anglo-saxons. J’ai échangé avec des autistes qui préfèrent cacher, subir que de dire.


Je suis maman de deux petites filles, j’apprends tous les jours. Le diagnostic permet de comprendre, de se poser et de s’arrêter lorsqu’on en a besoin. Avant je m’interdisais tout ça, pourquoi les autres mamans y arrivent-elles et pas moi ? Je suis une maman atypique, j’aime enseigner et faire découvrir le monde à mes filles. J’ai eu des moments difficiles comme gérer l’urgence, les bobos, les maladies, l’imprévu. J’ai un souci avec l’organisation, dans les tâches de la maison, le travail, les enfants, le conjoint, le poisson rouge... j’y perds souvent mes clés, ma liste de course, je range le lait dans le placard à gâteau au lieu du frigo. Je note tout et je planifie un maximum. J'ai la chance encore cette fois de vivre au côté d’une personne très compréhensive et qui m'aide et me soutient.

 

Sa mission et son implication

Ma mission est que tout le monde puisse vivre avec ces particularités sans rejet, discrimination, ni préjugé. La route sera longue, mais la voie est libre ! Je souhaite défendre les personnes neuroatypiques mais avant tout l’humain. Pour arriver à plus de compréhension, d’écouter les uns envers les autres. Oui, on n’est pas faits tous pour s’entendre, nous n’avons pas tous le même mode de penser, mais est-ce une raison de nuire ? Est-ce une raison de rejeter la différence ?


Les difficultés que rencontrent les personnes atypiques sont souvent liées à leur environnement.


Parallèlement, je commence une formation en juillet pour devenir cheffe de projet digitale. Peut-être que je pourrais intégrer une entreprise et que j’y trouverai ma place ? Ou alors je me mettrai à mon propre compte… à suivre


 

Ses conseils

Alors je conseille évidemment « L’échec scolaire n’existe pas » de Juliette Speranza. En plus de mon projet associatif, je soutiens et je partage les valeurs de Neurodiversité France dont Juliette est présidente.


J’ai beaucoup lu sur l’autisme lorsque j’ai eu mon diagnostic, mais si je devais retenir un livre ce serait « comprendre les personnes autistes de haut niveau » de Peter Vermeulen. Allez un petit dernier pour les personnes qui n’aiment pas lire les « gros pavés ", je recommande aussi « la différence invisible » de Julie Dachez.


Merci Sandrine ♡ Baci, baci

La Zébrelle

 
 

(^_^♪) On termine en musique avec

la chanson de Sandrine





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